Ma petite Luna est dans le creux de mon corps, les yeux mi-clos, elle ne parvient pas à s’endormir.
Son corps se raidit à chaque bruit que ses minuscules oreilles parviennent à percevoir.
Je lui susurre des mots doux, j’inonde son visage de mes larmes de maman encore meurtrie par ce que l’on vient de vivre.
Je n’oublierais jamais son regard suppliant ce matin là.
Pourtant tout avait commencé par une simple varicelle.
Je n’envisageais même pas d’aller voir le médecin car je savais bien, qu’à part de la Biseptine, il n’y avait rien à faire contre cette maladie bénigne.
Je voulais la laisser à la crèche mais mon mari en se levant lui trouva une petite tête et me proposa que l’on partage la journée en deux, je la garderais le matin et lui l’après-midi.
Et rapidement, je dû la recoucher car elle me semblait très fatiguée.
Je me dis qu’enfin j’avais un bébé qui dormait quand il faisait de la fièvre et que j’allais pouvoir travailler tranquille.
Mais lorsqu’elle se réveilla après trois heures de sieste d’affilées, elle avait quarante de fièvre. Cela faisait beaucoup pour une simple varicelle. Elle mangea un peu et se redirigea d’elle même dans son lit.
Après deux heures de plus sans l’entendre bouger, j’ai eu un mauvais pressentiment.
Je la réveillai, la sortis de son lit.
Elle ne pleurait pas, elle n’avait pas l’air d’avoir mal quelque part, elle était juste complètement vidée.
Elle avait même du mal à se tenir assise.
Et c’est alors qu’elle me jeta ce regard qui me fit réaliser que quelque chose de grave était en train de se passer.
Elle me hurlait dans un silence de plomb qu’elle n’allait pas bien, qu’elle ne comprenait pas, qu’elle avait peur et qu’elle avait besoin de moi.
Je sentais son tout petit corps m’échapper, s’envoler.
Je l’attrapai et me dirigeai, fébrile, vers les urgences de cet hôpital situé à l’autre bout de la ville où mon mari nous y attendait déjà.
Qu’était il en train de se passer, que lui arrivait-t-il?
Est-ce que je me faisais des films ?
Mais pourtant une force invisible m’avait poussée à passer la porte des urgences pour la première fois de ma vie.
Elle se laissa ausculter comme une poupée de chiffon, sans réaction ; elle gardait son regard fixé sur ses parents, il exprimait une terreur d’adulte, ses yeux avaient cent ans.
Le premier interne, commençait à nous dire qu’il ne voyait rien de particulier, qu’on allait rapidement rentrer chez nous.
Moi je savais que c’était grave, j’étais tétanisée à l’idée qu’on me la rende dans cet état là.
Mais la pédiatre en chef est entrée et simplement en croisant mon regard, elle comprit qu’il fallait prendre au sérieux l’état de mon enfant.
Je fondis en larmes d’être enfin entendue, je n’avais pas eu besoin de me justifier, elle avait laissé mes angoisses de mère ébaucher son diagnostique.
Elle écouta le cœur de mon bébé, il battait à 220. Elle était au bord de l’AVC.
Quand je compris qu’on allait lui installer des tonnes de fils et de perfusions à l’intérieur de son minuscule corps, je suis sortie.
Je me suis assise en boule devant la porte et je ne pouvais plus bouger.
Mon bébé souffrait, je voulais disparaitre.
Elle fut rapidement transférée aux soins intensifs.
Elle faisait une septicémie, une infection généralisée.
A ce moment là, je ne réalisai pas vraiment ce que cela signifiait.
Je démêlai la pelote de fil qui la retenait loin de moi et je la déposai sur mon ventre.
Je suis entrée en fusion avec mon enfant à cet instant là, plus qu’à n’importe quel autre moment de ma grossesse.
Mon mari a du partir pour s’occuper de Yoko qui nous attendait à l’autre bout de la ville.
Je me suis retrouvée seule avec ma boule de chiffons et tous ces bips, toutes ces courbes.
Je voulais la garder contre moi toute la nuit mais sa fièvre m’obligea à la déposer seule dans son lit d’hôpital. Ils la couvraient de glace et venaient changer sa perfusion d’antibiotiques toutes les 20 mn.
Je posais ma tête sur les barreaux de sa prison en espérant que les vibrations des battements de mon coeur se propageraient le long de sa peau brulante.
Je voyais défiler des dizaines de personnes différentes qui ne faisaient même pas attention à moi, elles agissaient comme des machines, calmement, méticuleusement.
A six heures du matin, l’infirmière qui venait prendre sa température toutes les heures me regarda pour la première fois.
« C’est bon Madame, la fièvre est tombée vous pouvez la prendre contre vous. »
Elle m’aida alors à démêler une fois encore les fils, j’enlevai mon teeshirt et je m’enveloppai de la chaleur de mon enfant. Son cœur avait retrouvé un rythme normal, les antibiotiques avaient fonctionné, elle était sauvée.
Quand la pédiatre est repassé dans la matinée, je l’accueillie avec un grand sourire, comme si cette nuit n’avait presque pas existé.
Elle s’assit à mes côtés et pris le temps de m’expliquer exactement ce qu’il c’était passé.
Une bactérie de type staphylocoque était entré à l’intérieur de mon bébé via ses boutons de varicelle et libérait une toxine qui attaquait tous ses organes à la vitesse de la lumière.
Et puis elle me dit :
« Vous savez Madame, si vous aviez attendu quelques heures de plus avant de venir aux urgences, votre enfant ne serait plus là ce matin. La septicémie est extrêmement rare et difficile à diagnostiquer, vous avez fait votre job de mère et votre enfant le sien.»
Je crois que c’est seulement à ses mots que je compris que j’avais failli perdre mon enfant.
Nous sommes restés deux jours de plus aux soins intensifs mais Luna avait presque retrouvé son énergie habituelle et nous n’avions plus qu’à digérer ce qu’il venait de se passer.
Les soins intensifs de l’hôpital pédiatrique de la ville sont un endroit que je ne suis pas prête d’oublier. C’est l’enfer sur Terre. Je défie quiconque de croyant ressortir de là bas sans être complètement agnostique.
Luna semble parfaitement remise de cet évènement, pour nous c’est un peu plus compliqué.
Nous devions partir au Cap Vert dans quinze jours mais il n’en est plus question aujourd’hui. C’est un moindre mal.
Ma sœur est descendue ce weekend pour nous permettre de nous reposer. Deux grasses matinées d’affilées ont eu raison de mon état d’épuisement avancé.
Ce matin, je me sens moins fragile, prête à tout pour retrouver le déni bienveillant des parents qui ne peuvent imaginer que quelque chose de vraiment grave risque d’arriver à son enfant.
En tout cas, merci pour vos petits mots de soutien, je pense que si j’en ai parlé sur ce blog, c’était que j’avais besoin d’une bonne dose de compassion. Si je pouvais vous rendre la pareille…
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J’ai le coeur serré à te lire…je me fonds dans ta douleur de mère et imagine les sensations que tu as vécu à travers chaque mot qui noircit cet écran de malheur!garde bien ta luna au creux de ton corps,protège-la,l’instinct animal d’une mèree est ce que l’on nous a donné de plus precieux et c’est ce qui a sauvé ton enfant aujourd’hui.
Je n’ai pas réussi envoyer mon commentaire la première fois je ne sais même plus exactement ce que je t’y racontais. Peut être que je comprenais un peu par la ou tu passais. Je ne suis plus tout à fait la même depuis que j’ai passé la porte des urgences avec mon tout petit chou. Rien de si grave, on est restés qq jours la bas, et pourtant je crois que j’ai laissé une part de moi derrière ces portes. Jai passé plusieurs semaines dans une torpeur effrayante et je dors toujours aussi mal… Bon courage les Progress. Et des bises aussi
Bouh, ça m’a fichu un coup ton histoire…Pauvre poulette…J’imagine tout à fait à quel point tu as dû flipper (le mot est faible je sais). C’est viscéral quand nos petits sont touchés
J’ai eu l’occasion, moi aussi, d’aller aux urgences pédiatriques et je souhaiterai ne jamais avoir à y retourner….
Ton texte est poignant…
Pour l’instant c’est le choc, la sidération… mais une force incroyable s’est déployée entre vous tous pour traverser cette épreuve… cette explosion d’amour et de fusion, c’est précieux et ça vous permettra d’abattre des montagnes ! (pourquoi on dit "abattre des montagnes" d’ailleurs… c’est pourri d’abattre des montagne ! j’aime les montagnes moi…) non… on va dire vous pourrez abattre des … euh …. des trucs bien moches et pourris quoi !
Je finis sur une note décalée mais sincèrement je suis touchée par l’épreuve que vous avez traversée…
Et aujourd’hui, profitez de ce beau paysage tout blanc… !
Oh punaise Rose tu me fais pleurer dans mon bureau!! bravo d’avoir réagi à temps, t’as fait ton taf comme a dit la pédiatre!! tu crois pas que tu devrais aller au cap vert quand même dis, tu l’as mérité non?….
bon courage!!
Tout doucement, pas après pas, la normalité reviendra dans vos vies. Vous recommencerez tous à râler pour des futilités. Et ça sera bon signe…