Là haut


C’est inéluctable,
Presque tout change.
En moins bien
Hélas.

La petite plage qui semblait encore nous appartenir il y a quelques années;
Est désespérément bondée maintenant.

Le petit magasin de fringues que l’on croyait être la seule connaitre,
Est maintenant transformé en HetM gigantesque.

La petite école maternelle dont on garde des souvenirs émus;
Est devenue un pôle scolaire flambant moche.

C’est ce que l’on appelle devenir des vieux cons je crois.

Heureusement,
Il y a ce petit village haut perché dans les montagnes.
Le village de mes vacances, de mon enfance, de mon adolescence.
Quelque peu délaissé de ma vie d’adulte.

Là haut,
Rien ne change.
Jamais.

L’arrivée sur le parking,
On ouvre la portière et l’air de l’altitude nous dresse les poils sur la peau.
L’odeur anisée des hautes herbes réveille nos mémoires lorsque nous les écrasons de nos pas maladroits de citadins.

La fontaine sous la place continue de couler à un rythme mystérieux,
Les cloches de l’église tintent pour annoncer chaque nouvelle demi-heure.
La place du village semble accueillir toujours les mêmes vieux.

La maison est prête à s’écrouler comme il y a 20 ans.
Le cumulus se vide toujours en deux douches.
La lumière de l’aube passe à travers les volets des chambres pour nous culpabiliser de ne pas être encore levé.

Les montagnards partent avec des tonnes d’équipement vers les hauts sommets.
Toujours ce même silence qui précède une course en montagne.
Guetter aux jumelles les cordées parvenues au grand pic.
Ecouter les marmottes nous narguer.
Apercevoir les bouquetins au petit matin.

La lune se lève toujours du flanc de la même colline.
On scrute le ciel pour admirer la voie lactée qui n’a pas bougée,
On passe son temps à parler du temps.

J’ai regardé ma fille
Sauter dans le torrent,
Ramasser les mêmes fleurs que moi à son âge,
Décortiquer les fourmilières géantes.
Attraper les escargots égarés.
Se perdre dans les draps qui sèchent au soleil,
Ramasser les salades de la voisine.

Là haut,
rien ne change.

La souffrance liée à cet endroit ne changera pas non plus.
Elle restera figée dans l’odeur anisée des hautes herbes.

Mais il est très rassurant de savoir que certaines choses ne changent pas.
Il est parfois vital de retrouver de douloureux souvenirs pour quelques jours.
Puis de les laisser derrière soi,
Sans un regard.

C’est très rassurant de savoir où la souffrance se cache,
La sachant bien loin derrière,
Dans ce petit village haut perché.
On peut continuer de changer sereinement dans la plaine.

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9 réponses à “Là haut

  1. c’est beau à pleurer

  2. j’aime beaucoup ce que tu écris, et je m’y retrouve parfois (souvent?…). écrire, ça ne sert à rien, il parait, mais j’aime beaucoup lire en tout cas ce que tu écris… et ça, ça ne sert peut être qu’à moi, mais c’est un début…

  3. c’est beau c’est clair

  4. comme de l’eau de roche. Celle-là même qui coule sans cesse de cette petite fontaine.

  5. Ce lieu a l’air si paisible! Rien ne change, tu y trouves ce que tu viens y chercher

  6. En effet très beau texte et ça me fait penser à une phrase de mon prof d’anatomie :  » Ce n’est pas le temps qui passe, c’est nous qui passons dans le temps ».

  7. Pingback: roseinprogress

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